"Art Différencié" ou "Art d'handicapés mentaux"

La notion d'Art différencié, est née en Belgique.
   
On la doit à Luc Boulangé, (artiste peintre et animateur culturel). Il est l'initiateur du Créham (Créativité et handicap mental)  à Liège C'est un modèle d'atelier né à la fin des années 70, lorsque les premiers ateliers d'expression créatifs sont apparus en Europe.
Depuis d'autres Créahm (Bruxelles, Fribourg, Provence) et d'autres ateliers sont nés, un "réseau d'art différencié" a même été mis en place.

Au début, les productions réalisées dans les ateliers créatifs acceuillant des personnes handicapées mentales, avait été rapprochées de l'art brut, mais très vite, on s'est rendu compte que cela ne correspondait pas à la définition donnée par Dubuffet. En effet , les personnes handicapées créent dans des ateliers dans lesquels plusieurs personnes travaillent souvent en même temps, et sont plus ou moins "guidées" par un animateur.
Luc Boulangé a donc proposé le terme d' "art différencié" pour qualifier ces productions.
Cette appellation qui a été à l'origine de nombreuses initiatives: Ateliers, festivals, manifestations et même d'un musée, ne fait pourtant pas l'unanimité.
"Différencié de quoi ?" s'interroge Bruno Montpied créateur du blog "Le poignard subtil". Il trouve ce terme pas très clair et préfère parler "d'ateliers d'art pour handicapés".
Teresa Maranzano, chargée de projet Mir'Arts (plateforme qui rassemble des ateliers de création en Suisse romane) trouve que le concept d'Art Différencié a fait son temps. D'ailleurs, dit-elle, le Musée de l'Art Différencié à Liège, a pris ses distances avec cette formulation et a modifié son nom en MADMusée.
Il apparait, en effet,en 2002, à l'équipe du MAD que l'art des handicapés mentaux, ne serait pas si éloigné du reste de la production contemporaine  pour être considéré comme un secteur isolé.
Selon Mme Dejasse, alors conservatrice du MAD, cette notion sous-entend une esthétique commune à ces productions, or la collection du Musée est loin d'être homogène, et le terme "art différencié" est utilisé à tort et à travers, y compris par des "ateliers créatifs" loin de l'art contemporain.
Béatrice Merland,l'actuelle directrice du Musée, considère le terme "différencié" comme une nécessité historique,  qui a permis de faire reconnaître l'art des handicapés comme art avant tout, mais qui est devenu lui-même un handicap." Il n'est pas possible" dit-elle "de définir l'art différencié autrement qu'en disant c'est l'art des handicapés mentaux".
Il me semble en effet que le terme "art différencié" n'est pas très clair puisqu' il faut parler d'art des handicapés mentaux pour le définir.  On peut dire la même chose de l'Art Brut qui nécessite quelques explications pour le néophyte. Quant à l'homogénéité et à l'esthétique commune elles ne sont pas plus présentes dans les oeuvres d'Art Brut. Entre les fusils de bric et de broc d'André Robillard et le raffinement des peintures d'Aloïse il n'y a pas vraiment de points commun. Mais le fait de définir l'Art Brut comme Dubuffet l'a fait, le fait qu'il y ait des collectionneurs et des musées d'Art Brut, en fait un art spécifique.
On peut dire, me semble-t-il, la même chose de l'Art Différencié ou des productions d'artistes handicapés mentaux.
L
e MADMusée qui renie la spécificité de l'Art Différencié,( contrairement à Luc Boulangé, qui lui réaffirme la spécifité de l'art des handicapés mentaux, et la nécessité de le considérer comme un champ autonome de la création artistique), écrit dans sa page d'acceuil :" Le MADmusée oeuvre à la conservation, la diffusion, la sensibilisation et l'étude de productions d'artistes handicapés mentaux. "  Et plus loin : "Le MADmusée dispose d'une COLLECTION internationale, composée d'oeuvres réalisées par des artistes déficients mentaux."

Alors, qu'on appelle ces oeuvres "Art Différencié" ou" productions d'artistes handicapés mentaux", ou "d'artiste défficients mentaux"cela ne me paraît très important.
Mais le fait que ces productions soient regoupées sous une appellation particulière (peu importe laquelle), le fait qu'elles soient produites dans des lieux particuliers (Ateliers d'expressions,Créham,..), le fait qu'elles soient exposées (galeries spécialisées, festival) et collectionnées (MadMusée) dans des lieux particuliers, il me semble que cela donne une particularité, ou une spécificité, comme le dit Luc Boulangé, à l'art des handicapés mentaux.

Ce qui n'empêche pas que ces oeuvres puissent être exposées (lorsque la qualité ou l'intérêt le justifie) aux côtés d'autres productions d' art brut, d'art singulier ou d'art contemporain sans aucune distinction sociale ou médicale.